Je suis née le 6 avril d'une année magnifique; il n'est pas nécessaire de raconter en détails les circonstances de ma naissance qui fût, tout au plus pénible pour ma mère, qui malgré 36 heures passées avec maintes contractions n'arrivaient pas à m'extirper de son ventre, et dû ainsi avoir recours à une césarienne. Mis à part cela, j'étais un bébé mort. Oui, au sens propre du mot, j'étais morte; enfin presque pour dire vrai. Lors de la naissance d'un enfant, sa santé est mesurée à l'aide d'une échelle sur 10 qui détermine si celui-ci se trouve à avoir les dix fonctions essentielles en bonne état de marche. Dans mon cas, je naquis avec un faible 1/10, ce qui reste encore aujourd'hui le plus faible pourcentage que j'ai jamais obtenu dans ma vie.
À peine sortie, dégoulinante de liquide de différentes provenances, et tout juste réanimée par les médecins, mon père m'arracha aux bras de ceux-ci pour me contempler. Il portait ce jour-là une chemise en soie, non pas que je m'en rappelle mais disons que cette histoire me fût contée plusieurs fois, où il prit plaisir à me glisser à l'intérieur afin de me serrer sur son torse emplie d'une chaleur paternelle. Il me regardait plein d'admiration et priait sans cesse Sainte-Marie Mère de Dieu, afin que je sois bénie et que je survive à ma naissance. Comme de fait, ces prières ont portées fruits puisque je suis encore là aujourd'hui pour témoigner de celles-ci.
Mes parents furent surpris au départ de constater que leur petite surprise, surnom qui me fût donné dû au fait que ma mère avait littéralement refusée d'avoir un autre enfant mais se vu incapable de rejeter celui qui grandissait dans son ventre à l'âge de trente-huit ans, était en fait une fille. Mon père ayant eu un garçon de 20 ans mon aîné lors de son premier mariage, et ayant eu un autre garçon six ans avant moi avec ma mère, ils étaient assurés que j'allais entrer dans ce monde avec un petit zizi. Au grand damne de tous, seule ma grand-mère clamait haut et fort que j'allais être une fille. Du haut de ses 78 ans et de ses cheveux blancs bouclées, elle était persuadée de connaître la vérité sur mon sexe. Il est bien entendu que lorsqu'elle apprit la nouvelle, elle s'empressa de regarder tout le monde de son regard le plus condescendant signifiant à tous qu'elle avait encore une fois eu raison.
Mo père m'a souvent racontée que lorsque je suis arrivée au monde, la première chose qui l'ait frappée ait été la longueur de mes pieds. C'est en écrivant ces quelques lignes que je réalise l'absurdité de la chose. Son bébé meurt et il n'a de yeux que pour ses pieds. Ah, ce cher papa et ses quelques lacunes de mémoire.
[à suivre]